Sunday, November 21, 2010

Dix Aiguilles




Je suis complètement phobique avec les aiguilles — je le suis depuis toujours. Les voir, ou même d'y penser me fait mal au cœur, une faiblesse aux genoux. Au cinéma, chaque fois qu'il y a une aiguille, en particulier sur un gros plan de l'aiguille qui perce la peau en recherche d'une veine, je me couvre les yeux, je ne peux pas regarder.
Toi, tu es fascinée par le médicale avec ses instruments : aiguilles, scalpels, etc. Tu me demandes à surmonter mes peurs, à dépasser ma phobie, au moins le temps d'une séance ensemble.
Tu me permets de porter mon bandeau, et tu me poses des questions pour évaluer mes émotions.
Le décor est planté avec une lumière intense, un drap de vinyle noir au sol, ma tête sur un oreiller. Nue & vulnérable, confiante. Ouverture à l'inconnu. Après avoir désinfectée ma peau, tes doigts vont doucement à la recherche de ma peau, tâtonnant le bon endroit pour placer la première aiguille.
Je la sens me percer la peau, mais après la douleur initiale de l'entrée, elle ne fait pas mal. Je dois avouer que j'ai déjà ressenti des douleurs plus fortes,  c'est plus l'idée que le fait, le psychologique sur le physique.
"Normalement, tu devras sentir / entendre un craquement", tu me dis.
"Un craquement n'est pas exactement comment je le décrirai ", je réponds. Mais il est trop tôt pour trouver les mots.

Lorsque tu insères les autres, je peux sentir ton excitation, l'accélération de ta respiration. Tu vérifies avec moi de temps à l'autre temps pour t'assurer que je vais bien.
Je ne bouge pas. Mais l'intérieur de mon masque, mes yeux commencent à voir des images, tout comme dans la méditation. La lumière bleue, un couloir sombre avec une portail, un troisième œil jaune qui me regarde de loin. Mes émotions me font reculer à chaque nouvelle aiguille :  tension, un peu mal au cœur... puis je contrôle cette émotion en me relaxant, en utilisant certaines techniques de la méditation et de la respiration.
Visions de l'acupuncture, la vision de ces aiguilles dans ma chair par ta main, je me sens épinglée.
Je rentres et je sors de mon corps, ramenée par ta voix, ou par une autre aiguille.
Lentement, ils commencent à rayonner une douleur subtile que je ne peux pas encore décrire.
Sur chaque poitrine tu en perces un plus lentement, me faisant gémir. Plus tard, tu me dis que ce sont les plus sadiques de tes aiguilles, celles qui prennent leur temps.

"Tu as dix aiguilles dans les seins", tu m'annonces, et nous les laissons rayonner leur douleur subtile.
T'as pris des photos à différents étapes, et maintenant tu photographies ton œuvre.
Je commence à me demander comment se sentiront les aiguilles au moment d'être extraites. "C'est une sensation toute à fait particuliere", tu me dis.
Une par une, tu les retires en douceur, certaines un peu plus lentement.
La sensation de l'absence du métal dans ma chair, presque plus intense que la pénétration. Ressentir la douleur subtile de cette sensation.
Des courants d'air froide qui s'étendent sur le sol me font frissonner.
Tu essuies les quelques gouttes de sang avec une compresse stérile, puis tu désinfectes mes seins.
J'enlève mon masque, pour revenir en pleine lumière, revenant de très loin, de retour dans ta réalité.
Tu es complètement radieuse!

Je me réchauffe dans mon sweat-shirt, je reviens de mes émotions de mes premières aiguilles.
Nous parlons des facteurs psychologiques et l'intellectuelles de ces sessions médicales, et ta passion pour elles. Ensuite, les instruments auraient été utilisés, mais ça sera progressivement pour une autre fois.
J'aurais cru que je me sentirais mal au cœur en regardant les photos, mais j'ai été frappé par leur beauté crue. Leurs bouts en plastique aigue-marine, ta couleur préférée, comme des bijoux.
Je te remercie, ma Charlotte, pour cette nouvelle expérience que je vais sûrement y prendre goût dans tes mains!

/// as Lady Labyrinth / 05 VF
photo © Miss Charlotte